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Histoire de la "Carte de presse"

Le 22 mai 1936, la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) se réunit pour la première fois.

Composée à parité de représentants des éditeurs de journaux et de syndicalistes élus par les journalistes, cette commission est chargée par la loi de délivrer une carte professionnelle aux journalistes qui peuvent y prétendre. Car cette loi, adoptée sans débat à l'unanimité du Parlement en mars 1935, donne pour la première fois un statut professionnel aux journalistes qui en étaient dépourvus.

Mais qui va bénéficier des dispositions très avantageuses destinées aux journalistes ? Comment s'assurer que des intrus ne se glissent pas parmi ceux qui peuvent y prétendre légitimement ? En un mot, qui est journaliste ?

Une occupation principale, régulière et rémunérée.

Sagement, la loi reste muette à ce sujet. La définition -tautologique- qu'elle en donne alors est à peu de choses près toujours en vigueur aujourd'hui : "le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l'exercice de sa profession dans une publication quotidienne ou périodique éditée en France ou dans une agence française d'informations et qui en tire le principal des ressources nécessaires à son existence".

Comme la loi ne précise pas davantage ce qu'est le journalisme, elle en confie la mission à une commission de professionnels chargée de délivrer la carte de presse prévue par la loi de 1935. Le rapporteur de la loi, le député Emile Brachard, affirme avec un brin de lyrisme que "l'établissement de la carte d'identité aidera puissamment à l'organisation méthodique d'une profession longtemps demeurée dans l'anarchie. Les intérêts moraux y vont de pair avec les intérêts matériels". La force de conviction qui émane du rapport Brachard  entraîne l'adoption par consensus d'une loi qui pour la première fois, reconnaissait qu'écrire dans un journal était un vrai métier et non une simple occupation. Le projet, adopté tel quel à la Chambre des députés le 14 mars et au Sénat le 29 mars est promulgué par le président Albert Lebrun le 29 mars 1935.

Rapidement, les premiers membres de la Commission sont confrontés à un cas qui n'avait pas été envisagé par les parlementaires : celui des cameramen d'actualité de Pathé Cinéma qui n'étaient pas employés par une entreprise de presse. Après trois ans de débats passionnés au sein de la Commission, il est finalement décidé que ces cameramen accomplissent bien un travail de nature journalistique. D'emblée, la Commission de la carte a utilisé la marge d'appréciation que lui avait conférée le parlement dans sa définition du journalisme pour coller au plus près de l'évolution d'une profession en perpétuelle mutation.

Avant la guerre, tous les journalistes en exercice n'avaient pas nécessairement demandé la carte, celle-ci n'étant pas obligatoire. Mais à la Libération, l'ordonnance du 2 mars 1945 transforme la Commission de la carte en commission d'épuration. Pour pouvoir travailler dans les médias, les journalistes doivent être titulaires de la nouvelle carte de presse délivrée après s'être assuré que le demandeur ne s'est pas compromis avec la presse de la collaboration durant l'Occupation. Cette situation d'exception prend fin en juin 1946.

Avec le retour au droit commun, la détention de la carte perd son caractère obligatoire pour exercer le métier de journaliste. Toutefois, l'article 6 de la convention collective précise qu'une entreprise de presse ne peut employer plus de trois mois des journalistes professionnels et assimilés qui ne seraient pas titulaires de la carte professionnelle de l'année en cours ou pour lesquels cette carte n'aurait pas été demandée.